La notion de réserve est née du besoin de faire appel aux hommes immédiatement disponibles pour assurer la défense de la terre, du village ou du château en attendant l’arrivée des soldats et pour leur servir ensuite de renfort. Il s’agissait donc au départ d’un besoin local de proximité pour lequel il était fait obligation à tout homme valide de participer à la défense de la communauté.

La véritable réserve est, en fait, apparue à la période féodale dès lors qu’une armée permanente a commencé d’exister avec la chevalerie ; les renforts nécessaires ont été trouvés dans la convocation de l’arrière ban. Chaque homme possédant plusieurs manses de terre (une manse = la maison et son jardin ainsi que les champs situés immédiatement autour) devait s’équiper à ses propres frais et partir à la guerre. Très rapidement ce système s’est trouvé vicié par le remplacement de la convocation par un impôt et la création d’une véritable armée de métier.

Au fil de l’histoire, on retrouve ensuite des tentatives de création de réserves locales sous des noms divers et variés tels que le ban féodal ou les communes. La première organisation structurée a été conçue par Charles VII avec les compagnies de francs-archers. Mais ces organisations n’ont jamais été durables, les soldats d’occasion ainsi levés étaient de valeur guerrière toute relative, malgré certains épisodes légendaires tel que celui du " grand Ferré". Méprisées par la chevalerie qui n’hésitera pas à Bouvines à piétiner les communes de Compiègne, Beauvais, Amiens venues à la rescousse du Roi, pour les chasser de la première ligne, elles n’auront qu’un rôle limité et secondaire et resteront sous-équipées et sous-entraînées.

Au 17e siècle, on observe une initiative intéressante avec la création des milices qui seront territoriales ou gardes-côtes, c’est-à-dire face à l’Angleterre. Elles dureront presque un siècle et fourniront des renforts non négligeables pour les guerres de Richelieu et Louis XIV, mais constituées de combattants médiocres et peu motivés elles seront pratiquement dissoutes en 1696.

Les deux siècles qui suivront ne verront pas de grosses réserves structurées et organisées mises sur pied. La révolution en appellera à la nation en armes mais se contentera d’un système de conscription par tirage au sort sans prévoir de dispositif de mobilisation s’appuyant sur des classes rappelables.

Le choc de la défaite contre l’Allemagne en 1870 fait brutalement prendre conscience de la nécessité de préparer une armée nombreuse en prévision de la revanche. On décide alors de créer un corps d’officiers de réserve, les ORSEM, dont les effectifs augmenteront rapidement. Mais ils diminueront tout aussi vite par suite de leur relégation par le commandement dans des tâches subalternes ou encore sous l’influence de la vague antimilitariste née des mouvements sociaux de la période et qui aura des conséquences importantes sur le moral de ces personnels issus de la société civile.

La loi du 21 mars 1905 permet enfin de moderniser notre dispositif : en même temps qu’elle crée un service militaire pour la première fois égalitaire, elle décide que 20 classes seront désormais mobilisables.

Cette loi fondamentale, complétée par une autre loi en 1913, va permettre de disposer dès le début de la guerre de 25 divisions de réserve. Ces lois feront passer sous les drapeaux plus de 8.000.000 d’hommes durant les cinq années de la 1ère guerre mondiale. Et, pour la première fois, durant ce conflit, réservistes et cadres d’active se côtoient dans une même camaraderie et un même esprit de sacrifice. Nos réservistes sont totalement indissociables de cet épisode héroïque de notre histoire et méritent davantage qu’un hommage passager.

L’évolution du contexte stratégique et, par voie de conséquence, des missions confiées aux forces armées, vont entraîné une refonte de notre appareil de défense caractérisée par la réduction du format des armées, la professionnalisation des forces et la suspension du service national obligatoire en 1997. En 1999, le concept de réserve mobilisable en temps de guerre a été remplacé par un concept de réserve d’emploi structurée selon les besoins de la défense et de la sécurité.

La rénovation de la réserve militaire est concrétisée par la loi du 22 octobre 1999 et la loi du 18 avril 2006, intégrées dans le Code de la Défense. La réserve militaire prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. D'obligation légale, le service dans la réserve devient un acte de volontariat.

Avec la mise en place de la formation militaire initiale du réserviste (FMIR) en 2003, la réserve opérationnelle dispose de personnels issus du milieu civil capables de suppléer ou de compléter les effectifs d’active en cas de crise sur le territoire national ou d’engagements importants sur les théâtres d’opérations extérieurs. Les réservistes occupent une place de plus en plus importante dans les missions confiées aux armées, notamment dans la mise en œuvre du plan gouvernemental Vigipirate.

Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) de 2008 donne une nouvelle impulsion à l’évolution de la réserve et parle d’une réserve militaire moins nombreuse, mieux formée et plus intégrée dans le dispositif militaire, un atout pour la sécurité de demain. L’édition 2013 du LBDSN confirme et renforce les ambitions pour la réserve. Elle constitue une partie intégrante du nouveau modèle d’armée. Les missions confiées à la réserve sur le territoire national doivent continuer à être développées. En dépit d’objectifs revendiqués par les différentes lois de programmations militaires, le nombre de réservistes opérationnels a régulièrement fléchi de 2008 à 2014, principalement en raison des contraintes budgétaires.

La situation sécuritaire depuis janvier 2015, imposant le renforcement dans la durée des missions de protection par les armées, en particulier dans le cadre de l’opération Sentinelle, a mis en évidence le besoin d’accroître la contribution de la réserve militaire. Le ministre de la défense décide alors de rénover la politique de la réserve militaire. Un ambitieux projet de réforme est inscrit dans la loi de programmation militaire 2014-2019 actualisée.

L’objectif donné aux armées est d’être en mesure de déployer sur le territoire national dès 2019 et dans la durée, l’effectif de 1 000 réservistes par jour afin d'assurer des missions de protection. L'armée de Terre contribuant à 80% de l'effort, elle doit augmenter ses effectifs de 15 000 à 24 000 réservistes d'ici 2019 et engager chaque jour 800 d'entre eux pour des missions de défense et de sécurité en France.

Parallèlement suite aux attentats de Nice en juillet 2016, le Président de la République décide la création de la garde nationale. La réserve opérationnelle de premier niveau de l’armée de Terre devient une composante de la Garde nationale au même titre que les autres réserves opérationnelles du ministère des Armées, de la Gendarmerie nationale et de la Police nationale. Depuis le 13 octobre 2016, tous les réservistes opérationnels de premier niveau de l’armée de Terre font partie de la Garde nationale mais leur recrutement, leur gestion, leur administration, leur préparation et leur emploi restent une prérogative de l’armée de Terre. Les réservistes citoyens de défense et de sécurité, n'étant pas armés, ils ne font pas partie de la garde nationale.